La Bordette, Montségur et autres pavés de la souffrance : nos routes de légende que seules les coureuses connaissent vraiment
Photo: Hywel Williams, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Il y a des routes qu'on emprunte sans y penser. Et puis il y a celles qu'on n'oublie jamais — parce qu'on y a trop souffert, ou trop rêvé. Dans l'Aude, le peloton féminin connaît les deux par cœur depuis presque quatre décennies.
La Bordette, ce plateau qui coupe le souffle
À 600 mètres d'altitude, entre Fanjeaux et la plaine du Lauragais, le plateau de la Bordette est ce genre de route qui ne pardonne rien. Étroite, exposée au vent d'autan, elle monte par paliers trompeurs qui cassent les groupes et les ambitions. « On l'appelle la route du ciel, parce qu'en haut, il n'y a plus que toi et tes pensées », nous confiait une ancienne lauréate, un sourire fatigué aux lèvres.
Les organisateurs du Tour l'ont comprise très tôt : c'est ici que les courses se décident, loin des caméras, dans le silence du garrigue. Les archives photos des années 90 montrent des coureuses en coton y grimpant en solitaire, déjà seules, déjà revenues.
Montségur et ses lacets de mémoire
Impossible de parler de routes mythiques sans évoquer les lacets qui serpentent sous le château cathare. Montségur, c'est le cauchemar magnifique du Tour : 2,2 kilomètres à plus de 9 %, un revêtement qui a connu des époques différentes, et une ambiance de fin du monde quand le brouillard s'installe.
« Chaque passage là-haut, je repensais à ce que ces pierres avaient vu, raconte une vétérane du peloton. Après, la souffrance de la pente paraissait presque relative. » Presque.
Les cabinettes, l'ADN secret du Tour
Mais la vraie poésie du Tour de l'Aude, ce sont les « cabinettes » — ces petites routes communales que seuls les locaux connaissent. Un pont en pierre à une voie, un virage en épingle entre deux murets de pierre sèche, un passage sous un vieux platane qui frôle les barres. Ce sont elles qui font la différence entre un simple parcours et une course.
Les mécaniciennes du Tour vous le diront : ces secteurs étroits coûtent des roues, des dérailleurs, parfois des claviers. Mais elles font aussi la légende. Impossible d'imaginer le Tour ailleurs que sur ces goudrons de traverse où le maillot à pois se gagne à la force du poignet.
Carnet d'adresses pour rouler aujourd'hui
Bonne nouvelle : ces routes existent toujours, et elles sont ouvertes à toutes et tous. Voici notre sélection pour revivre la légende à votre rythme :
- Le plateau de la Bordette : départ de Fanjeaux, environ 12 km de fausses flatteurs et de rampes. Prévoir un bidon, le vent ne fait pas de cadeau.
- Les lacets de Montségur : accès par Lavelanet, montée courte mais brutale. La récompense ? La vue sur le château, à couper le souffle (littéralement).
- Les côteaux de l'Alaric : entre Capendu et Conques-sur-Orbiel, un terrain de jeu vallonné où s'entraînent encore certaines espoirs régionales.
Alors, la prochaine fois que vous croisez une route étroite entre deux vignes, dites-vous qu'une championne y a peut-être réglé sa victoire. Dans l'Aude, le patrimoine, ça se roule aussi.