Huit jours, un van et zéro expérience : mes confidences d'une apprentie suiveuse du Tour
Avant ce Tour, ma relation au cyclisme se résumait à un vélo de ville gris et un souvenir flou du Tour de France à la télévision, chez ma grand-mère, dans l'Aude justement. Quand la rédaction m'a proposé de suivre l'intégralité de la course, j'ai dit oui avant de comprendre ce que « suivre » voulait vraiment dire. Huit jours plus tard, je rentre avec des mollets de spectatrice fatiguée et le cœur plein.
Jour 1 : le baptême du feu (et du rond-point)
Première leçon apprise dans l'heure : un plan de circulation autour d'une course cycliste, ça se prépare. J'ai raté deux sorties d'autoroute, trouvé le van de presse bloqué derrière un convoi, et fini par suivre des gens en combinaison fluo, méthode qui s'est révélée excellente. À l'arrivée, le chronomètre m'a déjà appris la première règle : ici, chaque seconde compte, même celle que tu perds à chercher ton badge.
Le vélo, c'est aussi des gens
Ce qui m'a le plus frappée, ce n'est pas la vitesse (si, un peu quand même — 70 km/h en descente dans les Corbières, ça marque un souvenir). C'est le monde qui tourne autour. Les houblonnettes qui tendent des gourdes avec le sourire de quelqu'un qui s'est levé à l'aube. Les bénévoles de village qui connaissent les prénoms des coureuses. La dame de Limoux qui prépare un cassoulet digne d'un trois étoiles pour l'équipe de sécurité, « parce que ces jeunes filles ont faim ».
J'ai noté dans mon carnet une phrase d'une spectatrice au pied d'un col : « On vient pour le vélo, on revient pour les gens. » Je comprends maintenant.
Les erreurs de débutante, en vrac
Pour celles qui tenteraient l'aventure, un petit florilège de mes exploits : demander à une soigneuse si « le vélo se range dans le van » (non, il est avec sa coureuse) ; confondre maillot à pois et maillot de la meilleure grimpeuse (ils sont pareils, ça s'explique) ; applaudir au mauvais moment parce que j'ai cru qu'une échappée était rattrapée. Personne n'a ri. Enfin si, tout le monde a ri, mais gentiment.
Apprendre à lire une course
Au fil des étapes, la course s'est mise à parler. J'ai compris pourquoi le peloton roulait lentement puis brutalement vite, ce que voulait dire « rouleur de train », pourquoi on murmure « attention au vent » comme on annonce la pluie. Le contre-la-montre m'a semblé d'une beauté étrange, presque solitaire, et le maillot de la meilleure grimpeuse m'a fait pleurer quand sa lauréate l'a dédicacé à sa grand-mère, venue de Carcassonne en bus.
Pourquoi vous devriez venir l'an prochain
On me demande souvent si on doit connaître le vélo pour apprécier une course. Réponse : non. Vous devez aimer les paysages, les villages qui sortent leurs drapeaux, les cafés où l'on discute tactique avec des inconnus, et les sportives qui laissent tout sur des routes qu'elles découvrent à peine. L'Aude offre tout ça en abondance.
Moi, la néophyte qui croyait que le cyclisme était un sport de télé, je repars avec un carnet rempli, des numéros de coureuses dans le téléphone et une promesse : je serai au bord de la route l'an prochain. Pas dans le van de presse. Au bord de la route, avec les gens. C'est là que ça se vit.