Mains de fée et cœurs d'or : une journée avec les soigneuses qui chouchoutent le peloton
Elles arrivent avant tout le monde et repartent après les derniers. Sur le Tour de l'Aude, les soigneuses sont un peu les mères, les infirmières et les confidences du peloton réunies. Nous avons passé une journée entière à leurs côtés pour comprendre ce métier qui se vit à hauteur de roue avant.
6h15, le premier massage
Dans le parking de l'hôtel à Limoux, il fait encore frais. La table de massage est déjà installée, serviette chaude, huile prête. « Les filles descendent par ordre de classement général, sourit Sandrine, soigneuse depuis douze saisons. La leader a droit à quarante minutes, les autres vingt. On ne rigole pas avec le planning. »
Jambes lourdes, échauffements, petites douleurs de la veille : chaque coureuse repart avec un mot d'encouragement et parfois une remarque technique. « On connaît leur corps mieux que personne. On sent quand ça ne va pas, même quand elles disent que tout va bien. »
Une boîte à outils qui ne quitte jamais le coffre
La journée d'une soigneuse, c'est aussi une logistique millimétrée : bidons préparés, muselières anti-mouches, gels et barres calibrés au gramme, shorts de rechange dans la voiture de l'arrière du peloton. « Quand une crevaison tombe dans les Corbières, on a dix secondes pour changer une roue et reposer la fille dans le train. Dix secondes, pas plus. »
Et puis il y a l'invisible : le linge lavé le soir à l'hôtel, les chaussettes qui disparaissent, les cuissards déchirés qu'il faut recoudre à la hâte. « On est nounous, mécanos de fortune et psychologues. Mais quand la leader gagne à Carcassonne et qu'elle vient te faire un câlin sur la ligne, tu te dis que c'est le plus beau métier du monde. »
Des coureuses qui disent merci
Plusieurs coureuses du peloton nous ont confié leur gratitude. « Sans ma soigneuse, je ne serais jamais remontée après ma chute à Narbonne, témoigne une pensionnaire d'une équipe WorldTour. Elle a nettoyé ma plaie, recousu mon maillot et surtout, elle m'a remis la tête à l'endroit. »
Une profession qui se féminise
Longtemps réservé aux hommes, le métier de soigneuse en cyclisme féminin attire de plus en plus de femmes, souvent d'anciennes coureuses. Une belle évolution dans un peloton qui n'a jamais autant mérité qu'on prenne soin de lui. Alors la prochaine fois que vous applaudissez une grimpeuse au sommet d'un col audois, pensez aussi à celles qui, en bas, tiennent la serviette. Au sens propre.