À 19 ans déjà en jaune : dans la coulisse d'une prodige élevée sur les routes de l'Aude
Il y a des trajectoires qui laissent bouche bée, et il y a celles qui s'expliquent quand on remonte le fil. Pour comprendre comment une gamine de 19 ans est arrivée à enfiler le maillot jaune sur une étape de montagne, il faut retourner dans l'Aude. Là où tout a commencé.
Les premiers tours de roue, entre vignes et lacets
Son histoire avec le vélo commence comme beaucoup d'histoires audoises : par une balade en famille, quelque part entre Limoux et les gorges de l'Aude. Très vite, la balade devient course. Le club local repère une fillette qui descend plus vite qu'elle ne monte — signe rare chez les jeunes — et qui, surtout, ne sait pas encore avoir peur.
« Ce qui m'a frappée, c'est sa patience, raconte son premier entraîneur. À 14 ans, elle savait attendre. Elle laissait filer les autres dans les premières difficultés et les reprenait une à une. Ça, c'est un don que personne n'apprend. »
Une formation à l'ancienne
Pas de structuration précoce, pas de programme sur mesure dès 15 ans. Elle a grandi dans le cursus régional, les courses de la FFC Occitanie, les championnats où l'on croise des coureuses de tout âge. Cette école du réel, elle la revendique : « J'ai appris à rouler dans le vent, dans les bordures, sur des routes étroites avec du gravier. Quand tu as fait ça, les étapes du Tour paraissent presque propres. »
Ses rivales du peloton l'ont remarquée bien avant les médias. « Elle ne fait aucune erreur, confie l'une d'elles. Sur les cols, elle ne s'emballe jamais. Elle regarde, elle attend, et quand elle part, c'est calculé. »
L'entourage, son meilleur équipement
Derrière chaque prodige, il y a une base solide. Ses parents ont longtemps fait les navettes vers les courses du grand Sud-Ouest, week-end après week-end. Son coach actuel, rencontré en centre régional, a bâti un plan de progression sur quatre ans — avec une règle d'or : ne jamais brûler une étape. « On a refusé des sélections, assumet-il. On lui a dit non plus souvent qu'on lui a dit oui. C'est peut-être pour ça qu'elle est encore là. »
Le poids du jaune, et la suite
Le maillot jaune, elle l'a porté trois jours avant de le céder, sans drame. « Je savais que ce n'était pas mon maillot pour toujours, sourit-elle. Mais maintenant, je sais que je peux le porter. C'est différent. » Les observateurs parlent déjà de la relève du cyclisme féminin français. Elle, elle parle de progresser dans les chronos et d'apprendre à gérer la fatigue d'un grand tour.
À 19 ans, elle a encore tout le temps. Mais dans l'Aude, où l'on connaît la valeur de la patience — demandez aux vignes —, on se doute que le meilleur reste à venir.