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Coulisses du Tour

Sanglier, clôture et selle agonisante : quand les mécaniciennes du Tour jouent les magiciennes

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Sanglier, clôture et selle agonisante : quand les mécaniciennes du Tour jouent les magiciennes

Sur le papier, le Tour de l'Aude Cycliste Féminin, c'est de la compétition, des kilomètres, des cols. Sur le bord de la route, c'est parfois du grand n'importe quoi. Et c'est précisément là que les mécaniciennes des équipes transforment leur fourgon en atelier ambulatoire, souvent en moins de temps qu'il ne faut pour dire « Cers ».

Un sanglier, un rayon, zéro panique

Commençons fort. Étape entre Narbonne et Sigean, il y a deux éditions de cela. Une coureuse, en pleine descente, croise un sanglier qui traverse la route. Elle l'évite — l'animal, lui, non. Résultat : trois rayons arrachés de la roue avant et un moral en miettes.

« Je suis arrivée avec le vélo sous le bras, raconte Inès, mécanicienne depuis huit saisons. Trois rayons, c'est théoriquement irréparable en course. Sauf qu'on avait une roue de rechange, mais pas la bonne moyeu. Alors on a bricolé un transfert de cassette en dix minutes, avec un couteau suisse et de la patience. Elle est repartie. Elle a même fini dans le peloton principal. »

La clôture qui déjeune une chaîne

Autre classique de l'Aude : les troupeaux et leurs clôtures électriques. Une attaquante, lancée dans un petit col des Corbières, s'est fait piéger par un passage étroit. Le guidon a accroché, le vélo a pivoté, et la clôture a littéralement avalé la chaîne — avec le dérailleur arrière pour le dessert.

Le suivi neutre a récupéré la coureuse, le fourgon technique a débarqué, et là, improvisation totale : redresser la patte de dérailleur à la pince, réassembler une chaîne amputée de quelques maillons, prier. « On gagne deux minutes, on en perd une en haut de la bosse. Ça passe. Parfois ça ne passe pas, et c'est le métier qui est triste », confie Inès.

Le Saint-Louis, tueur de selles

Le col de Saint-Louis a une réputation. Les coureuses le savent, les mécaniciennes aussi : c'est là que le matériel rend l'âme. Dernier exemple en date, une selle qui a lâché net en plein effort, tige de selle comprise. Impossible de pédaler debout jusqu'au sommet sur 12 kilomètres.

La solution est venue du fourgon d'une équipe voisine : une selle de rechange, un collier de serrage renforcé, et du scotch — toujours du scotch. La coureuse a grimpé, un peu moins confortable, mais grimpé. « Le matériel, c'est comme les jambes : ça casse toujours au pire moment », sourit Inès.

L'art de la débrouille au bord de la route

Ce qui frappe quand on passe une journée avec ces mécaniciennes, c'est la créativité sous pression. Pas de bâti d'atelier, pas d'étau, juste une mallette, un trépied pliable et des années d'expérience. Une chambre à air réparée en quatre minutes. Un câble de frein remplacé par un câble de dérailleur adapté. Une pédale resserrée avec une clé empruntée à un habitant venu regarder la course.

« Les gens de l'Aude, ils sortent toujours l'outil qu'il faut », s'amuse Inès. Une fois, c'est un vigneron de Limoux qui a sorti sa clé à molette pour sauver un cintre tordu. Le vélo est reparti. Le vigneron a été remercié avec un maillot dédicacé.

Pourquoi ces pannes font partie du Tour

On pourrait croire que ces incidents sont des anecdotes sans importance. C'est tout le contraire. Ils racontent une course à taille humaine, où le matériel vit, souffre et parfois craque autant que les organismes. Ils rappellent aussi que derrière chaque coureuse qui franchit la ligne, il y a une chaîne invisible — et parfois une chaîne tout court, recollée à la va-vite sur le bas-côté.

Alors la prochaine fois qu'une étape s'arrête quelques secondes sur le bord d'une route audoise, ne crie pas à la panne. Crie au génie. Parce que quelque part entre Narbonne et Limoux, une mécanicienne vient encore de sauver une course avec trois rayons, du scotch et beaucoup de sang-froid.

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