Pâtes la veille, gels le matin : dans l'assiette (et le bidon) des coureuses du Tour de l'Aude
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Il est 6 h 45 au parking de l'hôtel, à Limoux. Le peloton dort encore, mais dans la salle du petit-déjeuner, tout est déjà pesé, dosé, étiqueté. Sur la table, des bols de riz au lait, des tartines de miel, des bananes alignées comme des bidons au ravitaillement. Bienvenue dans la cuisine secrète du Tour de l'Aude, celle qu'on ne voit pas au bord de la route.
Une heure de course, une pizza en énergie
Commençons par les chiffres, parce qu'ils donnent le vertige. Une coureuse d'endurance brûle entre 3 500 et 5 000 calories par jour d'étape dans nos collines. Une montée du Saint-Louis ? Environ 700 calories pour les meilleures du plateau. Autant dire que l'assiette n'est pas une affaire de plaisir ici : c'est du carburant, calculé au gramme près.
« On parle de 60 à 90 grammes de glucides par heure d'effort », résume Claire, diététicienne d'une équipe WorldTour présente sur la course. « Sur une étape de quatre heures dans les Corbières, ça représente une quantité de nourriture que le corps doit apprendre à tolérer en roulant. C'est un entraînement à part entière. »
La veille : le rituel des pâtes, version scientifique
Le fameux plat de pâtes de la veille d'étape, on en a déjà parlé sur ces colonnes — les coureuses nous ont même confié leurs recettes préférées, du cannelloni de Castelnaudary aux spaghettis de la veille de chrono. Ce qu'on sait moins, c'est que ce repas est stratégique.
L'objectif : saturer les réserves de glycogène musculaire, ce carburant rapide que les jambes consomment dès que la route se cabre. Les diététiciennes recommandent alors 8 à 10 grammes de glucides par kilo de poids de corps sur la journée. Pour une coureuse de 55 kilos, cela représente jusqu'à 550 grammes de pâtes cuites, du riz, du pain, des fruits. « On ne force pas, on rassure », sourit Claire. « Une athlète stressée ne digère pas. Le dîner de la veille doit être familier, presque banal. »
Le matin du départ : manger sans le savoir
Le petit-déjeuner d'avant-étape obéit à une règle d'or : trois heures avant le départ, et rien de surprenant. Riz au lait, pain blanc, miel, banane mûre — des aliments à l'index glycémique élevé mais au volume réduit. « Plus une coureuse est nerveuse, plus on réduit les fibres et le gras », explique la diététicienne. « Une étape avec le Cers annoncé ? On hydrate double, parce que le vent déshydrate avant même la fatigue. »
Les gels maudits et la musette sauvée
En course, tout passe par le bidon et la musette. Et c'est là que la science affronte le réel : les gels énergétiques, ultra-efficaces sur le papier, sont unanimement détestés. Trop sucrés, trop épais, difficiles à avaler quand la respiration est courte. Certaines coureuses leur préfèrent des bouchées maison — du riz sucré roulé dans du sirop d'érable, calé dans un sachet de jambonneau.
La musette de l'étape, elle, reste le moment de grâce : un demi-bidon, un morceau de gâteau, parfois un mot d'encouragement glissé dans le papier. « C'est le seul ravitaillement qu'on mange avec les yeux », confie une baroudeuse du plateau.
Après la ligne : la fenêtre magique
La récupération commence dans les trente minutes qui suivent l'arrivée. Une boisson de récupération, du protéiné et du sucré mélangés, avalée avant même d'avoir retiré les gants. Puis le vrai repas, deux heures plus tard : protéines pour réparer les fibres, glucides pour recharger, couleurs dans l'assiette pour le moral.
Et le soir, à Limoux ou ailleurs, une exception à toutes les règles : un verre de Blanquette pour fêter une étape réussie. Parce que, comme nous le répètent les soigneuses, dans l'Aude, on ne nourrit pas seulement des muscles. On nourrit aussi une passion.